Intuition et probabilités

27 juin 2012 § Poster un commentaire

Ah, les « raisonnements intuitifs ». S’ils peuvent rendre service du fait de leur rapidité, on se heurte aussi aux limites amenées par les approximations qu’ils comportent.

J’ai découvert cette vidéo de Lazarus, suite à un tweet de sa part. Le principe en est simple :

Trois portes sont présentées au joueur que vous êtes. L’une d’entre elles renferme un prix, tandis que les deux autres n’en renferment pas.  Vous gagnez si vous découvrez la bonne.

L’animateur du jeu vous demande d’énoncer votre choix. Cependant, il n’ouvre pas la porte indiquée, mais vous donne à la place un indice : il ouvre pour vous l’une des deux portes non choisies et qu’il sait ne pas renfermer le prix, de sorte qu’il n’y ait plus que deux portes fermées, dont l’une – la même qu’initialement – abrite le prix.

Il vous demande alors de confirmer votre choix, ou bien de le modifier, puis ouvre la porte correspondant à votre dernier mot.

Mon raisonnement à évidemment été le suivant :  « dès lors que l’on a de source sûre connaissance du fait que l’une des portes est mauvaise, chacune des deux portes restantes a 50% de chances d’être la bonne. Maintenir ou modifier son choix est donc indifférent ».

Et bien non. Modifier son choix a deux fois plus de chances de conduire à l’ouverture de la porte gagnante que le maintenir.

Dans la vidéo en question, Lazarus étaye cette affirmation par une explication que je résumerais ainsi :

Chaque porte a initialement une chance sur trois d’être la bonne, si bien que l’ensemble des deux portes non choisies constitue à lui seul deux tiers des chances. Révéler que l’une de ces deux portes n’est pas la bonne permet donc à la porte non initialement choisie et n’ayant pas été ouverte d’être porteuse à elle seule de ces deux tiers de chances, tandis que la porte initialement choisie conserve son seul tiers.

Peut-être y a-t-il de quoi convaincre le mathématicien, mais pas l’intuitif, qui se trouve plutôt heurté dans ses convictions. En effet, à quel titre la porte que je n’ai pas choisie initialement aurait-elle deux fois plus de chances d’être la bonne ? Mon choix initial n’a aucune importance puisqu’il a été énoncé après que soit déterminée la porte qui renferme le prix.

J’ai fait cette observation à Lazarus sur Twitter. Il m’a appris que cette vidéo est l’illustration d’un problème de probabilités connu, nommé Problème de Monty Hall. La consultation de la page Wikipédia correspondante donne les éléments nécessaire à sa compréhension mathématique. Le choix initial n’a certes pas d’influence sur quelle porte renferme le prix, mais il a une influence sur le comportement de l’animateur du jeu. Si le choix initial du joueur est le bon, l’animateur ouvrira l’une des deux autres portes au hasard. Si le choix initial du joueur n’est pas le bon, l’animateur n’aura pas le choix de la porte à ouvrir : il devra ouvrir parmi les deux restantes celle qui ne renferme pas le prix. Et cela suffit à affecter la distribution des probabilités.

Admettons, mais je ne parviens pas à me satisfaire d’une explication lorsqu’elle continue de heurter mon intuition. Ou plutôt, j’ai besoin de convaincre cette dernière.

Or cette page Wikipédia donne aussi le code source d’un programme Javascript permettant de simuler ce jeu afin de se rendre compte par soi-même : il simule un grand nombre de parties, et comptabilise les parties gagnées en fonction du fait que le joueur maintienne ou modifie son choix initial suite à la révélation d’une porte non choisie et ne renfermant pas de prix. Jouer avec ce programme m’a permis de me convaincre de façon empirique de la validité de l’explication mathématique, mais toujours sans comprendre. « Comment cela se fait-il ? Mon choix initial ne conditionne pas la porte qui abrite le prix, nom d’un chien ! Comment pourrait-il alors affecter la distribution des probabilités ? »

J’ai modifié le programme de démonstration afin de lui faire suivre le même chemin que mon raisonnement, en le déclinant en trois versions :

  • dans la première, le joueur choisit au hasard parmi les deux portes restantes au moment de la confirmation de son choix :
Expérience 1 : le joueur choisit au hasard parmi les portes restantes :
Après 10000000 parties…
Le candidat a gagné 5004524 fois.
Le nombre de réussite sans effectuer de changement est de 1667463
Le nombre de réussite en effectuant un changement est de 3337061
La ratio de réussite avec / sans changement est de 2.00123
  • dans la seconde, le joueur maintient toujours son choix initial :
Expérience 2 : le joueur maintient toujours son choix :
Après 10000000 parties…
Le candidat a gagné 3332513 fois.
  • et dans la troisième enfin, il change toujours de choix :
Expérience 3 : le joueur change toujours d'avis :
Après 10000000 parties…
Le candidat a gagné 6668008 fois.

Et c’est là qu’est venu le déclic. Les résultats des trois expériences montrent que conformément à l’explication mathématique de ce problème, changer d’avis systématiquement après révélation par l’animateur d’une porte non choisie et ne renfermant pas de prix donne deux fois plus de chances de gagner que maintenir systématiquement son choix initial. Mais en plus de cela, l’expérience n°1 montre qu’en choisissant au hasard parmi deux portes, on a une chance sur deux de gagner, conformément à ce que l’intuition laisse présager.

C’est alors que j’ai compris que mon « raisonnement intuitif » comportait une approximation. L’assimilation erronée des deux propositions qui suivent :

  • « chaque porte restante a 50% de chances d’être la bonne » – ce qui est faux, bien que contre-intuitif : elles ont respectivement un tiers et deux tiers de chances du fait de l’influence du choix initial sur les possibilités données à l’animateur du jeu de révéler une porte perdante
  • et « en choisissant au hasard l’une des deux portes restantes, j’ai 50% de chances de gagner » – ce qui est vrai, et tout à fait conforme à l’intuition.

Cela peut sembler contradictoire, alors que ça ne l’est pas : en choisissant au hasard au moment de la confirmation du choix, on obtient la moyenne des probabilités de chacun des choix possibles. Or la moyenne de 1/3 et de 2/3 est effectivement 1/2, ce qui en probabilités représente bien 50% de chances.

Ouf. Tout va bien, donc.  Mais l’intuition, ici, était mauvaise conseillère.


– Source Wikipédia : Article Problème de Monty Hall (auteurs) – Contenu soumis à la licence CC-BY-SA.

– Source du programme modifié sur demande.

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Opération Nuntius Belli : un message de Noël pour chaque soldat français en Afghanistan

6 décembre 2011 § Poster un commentaire

Noël arrive, et près de 4000 soldats français le passeront en Afghanistan.

Pascal Dupont et Stéphane Gaudin, du blog apolitique Theatrum Belli, se proposent de collecter et de transmettre à chacun de ces soldats un message de soutien. 650 messages ont été collectés à ce jour, et je voudrais vous inviter à contribuer à cette belle initiative.

Vous pouvez le faire par le biais d’un formulaire en ligne, par l’envoi d’un message vocal par e-mail, ou encore par l’envoi d’une carte postale ou d’une lettre papier.

Comme le disent eux-mêmes Pascal Dupont et Stéphane Gaudin, « […] soutenir les troupes françaises ne signifie pas forcément soutenir le choix politique de leur déploiement. Il s’agit d’un geste citoyen et fraternel en dehors de toute considération politique.  »

Ça se passe ici : http://www.theatrum-belli.com/

My Tram Experience. L’exorcisme par la vindicte.

1 décembre 2011 § Poster un commentaire

C’était au Sud de Londres. Ça aurait pu être n’importe quelle autre agglomération.

Le 27 novembre, la vidéo « My Tram Experience » à été postée sur YouTube. Cette vidéo, si vous ne l’avez pas vue, vous l’avez certainement déjà vécue en prenant les transports en commun. Une femme est assise avec son enfant. Elle disjoncte, elle part en vrille. Elle insulte à tours de bras, hystérique, les Noirs, les Polonais, en se lamentant de la situation du pays. Tout le monde y passe. Elle prend même les voyageurs a parti. Certains passagers ont envie de la gifler. D’autres, bien que choqués par les propos, tentent de temporiser. La plupart, enfin, demeurent silencieux, et on peut supposer que s’ils n’en pensent pas moins c’est qu’ils la considèrent folle.

Bref, ça s’est passé exactement comme la dernière fois que vous avez été témoin de pareil incident dans un bus, un tram ou encore un métro. Et vous faisiez probablement partie de l’une de ces trois catégories de passagers.

Avant-hier, le 29 novembre, Le Monde nous a appris qu’après avoir été visionnée plus de 2,5 millions de fois, cette vidéo a conduit à l’arrestation de cette femme hystérique. Tout comme Le Monde, je me demande s’il faut s’en féliciter. Non pas que les propos tenus soient supportables – ils ne le sont pas – mais du fait de la façon dont les choses se sont produites.

Un journal – Metro UK – a appelé sur Twitter à contacter la police pour l’aider à identifier la personne en cause. On peut s’interroger quant à la pertinence de cette démarche. Les personnes insultées, dans le wagon de tramway, avaient la possibilité de porter plainte. Si certaines l’ont fait, tant mieux pour elles que cette arrestation ait eu lieu ; la justice déterminera si elles doivent être dédommagés. Ce qui est dérangeant, c’est qu’une forme de cyber-milice chargée « d’aider la police » se soit formée à cette occasion. Le tweet invitant à la délation à été retweeté « plus de cent fois » d’après Twitter, sachant que le compteur s’arrête à cette limite.

S’il s’était agi de propos formulés de manière organisée, par exemple dans la presse, sur un blog, ou même sur une estrade du Speaker’s Corner, oui, une réponse organisée aurait pu avoir un sens. Mais ici, la personne a certes tenu des propos insupportables et illégaux, mais elle les a tenus dans la confusion, visiblement en état de crise – c’est une malade qui a disjoncté en disant des horreurs dans le métro, ce n’est pas un acte raisonné – et c’est un tiers qui a fixé cela sur un support qu’il a ensuite publié. Réagir avec cette vigueur me semble alors disproportionné, et cette disproportion me gêne. Mais bon, au moins cela donne lieu à une procédure légale.

Name and shame her.

Une personnalité des médias – je ne la nommerai pas – a de son côté été bien plus loin en appelant  à l’humiliation publique, et ce de la façon la plus directe : « Someone must know the repulsive racist wretch. Name and shame her ». En français, « Il faut savoir qui est cette raciste misérable et répugnante. Nommez-la et humiliez-la ». Cet acte est assumé puisque ce tweet n’a pas été retiré par son auteur, qui l’a même prolongé par deux autres messages. Le dernier d’entre eux annonce triomphalement « BREAKING: The woman in the #MyTramExperience video has just been arrested. Excellent. See how vocal she is in a police cell ».

Et c’est là que ça ne va plus. Les propos, le ton, relèvent d’une forme moderne d’appel au lynchage. Certes il n’a pas pour objet de mettre à mort, mais tout de même d’humilier publiquement : c’est l’objet du premier tweet. Le second rend l’arrestation accessoire et préfère se délecter des difficultés que l’accusée va rencontrer, en concluant par « On verra si elle est aussi loquace en cellule ». Cet appel à la vindicte est à mon sens aussi choquant que les propos tenus dans la vidéo car il est en contradiction avec la notion même de civilisation. Civilisation que l’auteur de ces tweets prétend pourtant défendre en s’en prenant au racisme de cette femme. Je les trouve même pires, ces tweets, car tenir ces propos par le biais d’un réseau social et les réaffirmer, lorsque l’on est une personnalité publique, démontre un acte raisonné tandis que la vidéo montre plutôt une crise liée à un déséquilibre.

Mais c’est confortable. Si confortable que « Name and shame her » à été retweeté « plus de cent fois », lui aussi. C’est qu’à focaliser sur la personne, on se dédouane à bon compte, on s’épargne toute remise en question. Ainsi, le lecteur peut se défouler : «ce n’est pas moi, c’est elle ; elle représente l’horrible et moi je ne suis pas ainsi ; je vais l’humilier en public »… pour prouver cette différence ? Et tout en continuant, parfois sans la moindre conscience de le faire, de privilégier son ethnie lorsqu’il s’agit de mettre son appartement en location ou de recruter des employés ? Et lorsque le lecteur n’a pas ce travers et qu’effectivement il ne fait entrer malgré lui aucune considération ethnique dans ses décisions au quotidien, quelle amélioration de la société peut-il prétendre apporter en se comportant de la même façon que ce qu’il prétend combattre, c’est à dire en insultant et en humiliant en public ? Dans ce billet relatif à une association de protection des victimes, l’avocat Maître Eolas parle du « sadisme des honnêtes gens » et de l’effarement que cela lui cause. C’est exactement cela, et je partage cet effarement.

Alors, faudrait-il simplement passer cela sous silence, ou excuser cette femme ? Pour autant, non, mais ce qu’il faut combattre ici, plutôt que la personne, c’est ce racisme ordinaire, quotidien, qu’elle nous montre.

Utiliser cette vidéo comme exemple de comportement, pourquoi pas. On y voit du racisme, limbique, avec tout ce qu’il a de méchant et stupide. C’est une caricature du « racisme ordinaire » que l’on croise trop souvent, et qui parfois dépasse même celui qui le profère. Cela fait de cette vidéo une potentielle base de réflexion car elle force le trait de ce qu’il faut combattre et le rend plus identifiable. « Où va-t-on, où en est notre pays ? C’est à cause de ces gens là que l’on va mal », c’est flagrant lorsque beuglé sans mise en forme, mais ça l’est beaucoup moins lorsqu’enveloppé dans un discours ou une conversation. C’est une bonne chose que de pouvoir identifier cela pour y opposer son propre raisonnement.

Mais aller traquer la personne, faire pression pour qu’elle soit arrêtée, non. Ce bad-buzz là est un cache misère. Il donne l’illusion de lutter pour des valeurs alors qu’en fait il montre à quel point notre degré de civilisation est encore aléatoire. On est encore prêts à pratiquer l’humiliation publique de ce que l’on s’accorde à désigner comme vil, pour s’en démarquer et quitte à le devenir. Et ce faisant, on n’éduque pas ni ne se remet en question.

C’est pourtant l’absence de remise en question qui favorise le racisme ordinaire en lui laissant la place de s’installer sans être contredit. Comme les autres formes de préjugés et de violence.

Momo

21 novembre 2011 § Poster un commentaire

Il y en a qui s’en sortent bien.

C’était un soir de fête de la musique. Ambiance festive, beaucoup de gens dans la rue, de la musique un peu partout, et des terrasses bien remplies. Il y a avait de tout : des familles, des couples, des bandes de copains, de groupes de jeunes assis en rond, chacun profitant de la soirée à sa façon. Bon esprit, et ceux que leurs excès avaient rendu pénibles étaient trop rares pour gâcher la fête.

Mais il y a toujours quelques incidents. Au détour d’une rue, trois jeunes étaient agenouillés près d’un quatrième allongé sur le sol. Ils lui parlaient, fort. Il leur répondait par une sorte de râle, et beaucoup moins fort. Il avait clairement trop bu, et bien qu’il soit conscient j’avais peur qu’il ne s’étouffe en vomissant. Ses amis ne semblaient pas très efficaces.

« Bonsoir. Je peux vous aider ? C’est tout ce que j’avais trouvé comme entrée en matière.
— Ouais, notre pote il va pas bien, là, il est bourré ! » Puis se tournant vers lui : « Mais t’inquiète pas Momo, tu vas pas mourir ! Mais t’as pris pour cher, mec !
— [Un râle, puis quelque mots incompréhensible]. » C’est que Momo, il avait de la répartie.

Momo était allongé un peu n’importe comment. Il était comme tordu, sa coupe Jackson Five lui servait d’oreiller alors qu’ il regardait vers le ciel. La bonne chose, c’était qu’il ne s’était pas vomi dessus. La mauvaise, c’était qu’il n’allait certainement pas tarder à le faire.  Quant à ses amis, ils le collaient de trop près, surtout deux d’entre eux. Ils n’aidaient pas beaucoup en fait. L’un d’eux semblait même plus inquiet des ennuis qu’il pourrait avoir que de l’état de son copain : « Dites, si les flics passent, on risque pas de se faire embarquer ? ». J’ai préféré ne m’intéresser qu’à Momo. Ce qui importait, c’était déterminer s’il avait besoin de secours.

« Momo, tu peux bouger ? Tu peux te mettre sur le côté ? ‘Faut pas que tu gardes la tête vers le haut comme ça.
— Beuuu…. C’était un beuuu affirmatif, car il s’était tourné en me répondant.
— C’est bien, mets-toi comme ça. Est-ce que t’as besoin de secours ? Je peux appeler si tu veux.
— (Pas très articulé) Nan, nan, ‘est bon, ‘va aller. »
Ses copains le collaient toujours beaucoup trop. « Les gars, il a besoin d’air. Est-ce que vous pouvez vous écarter un peu ? »
— Ouais ok, ont-ils répondu en s’écartant. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
— Rien, c’est bon, pour le moment ça va. Quoique si, en fait : lorsqu’il ira mieux, il crèvera de soif. Est-ce que vous pouvez aller lui trouver de l’eau, et du sucre aussi ? Il doit y avoir des épiceries ouvertes par là-bas. »

En réalité, je ne savais pas du tout si Momo allait avoir besoin d’eau ou de sucre, et je préférais même ne rien le voir ingérer dans cet état, mais au moins, ça permettait d’éloigner un moment celui qui s’inquiétait de finir au poste. Par chance, il sont partis à deux, ne laissant que leur ami le moins dérangeant car silencieux depuis le début.

« T’inquiète pas, ça va aller. » Je m’adressais en fait aux deux restants : à Momo afin de le forcer à prêter attention à quelque chose, pour qu’il ne perde connaissance, et à son ami car pour le coup, lui avait l’air vraiment inquiet. Et comme il faut parfois que les choses sortent, Momo se mit à émettre des sons gluants et semblant signifier une prochaine libération. Ce n’était pas le moment de lui faire la morale, mais plutôt de l’aider à se remettre d’aplomb.
«Allez vas-y Momo. Tu t’en fais pas, tu as la tête sur le côté, tu risques rien. Au pire tu vas te salir, mais c’est pas grave. Ça ira mieux et c’est tout ce qui compte. Et t’en fais pas parce qu’on est là. C’est pas grave, on va pas te charrier ». C’était un peu long, mais je ne savais pas trop comment l’encourager. Puis ça permettait de le rendre attentif quelques secondes de plus. Momo finit par se libérer, et ce fut moins terrible qu’attendu. Son copain resté avec nous me tendit un mouchoir que Momo saisit alors que je m’apprêtais à lui essuyer le visage. Il réussit à parler en s’essuyant, même si cela tenait plus du râle que d’autre chose :
« Merci mec ! Putain, la honte. ‘Chui désolé.
— C’est rien, ça va. Tu t’en souviendras la prochaine fois, et voilà ».

Nous sommes restés ainsi quelques minutes, peut-être une dizaine, durant lesquelles Momo dut réitérer plusieurs, fois, chaque nouvelle fois étant moins importante que la précédente. Au bout d’un moment, il avait repris quelques couleurs et arrivait même à sourire. Il pouvait s’asseoir mais n’était pas capable de se lever. Il avait l’air piteux, même s’il allait mieux. Il renouvela ses excuses et ses remerciements. Je commençais seulement à me dire qu’appeler les secours ne serait peut-être pas nécessaire – et tant mieux car ils devaient être débordés un soir comme celui-ci. Pour autant, il n’était pas possible de le laisser ainsi. Je finis par décider que s’il ne revenait pas complètement à lui dans le quart d’heure j’appellerai le 15.

Et c’est alors que de nulle part surgit celle qui aurait pu être la sœur cadette de Naomi Campbell. Une vraie princesse de contes de fées, superbe, élancée, mais aussi gracieuse, adorable et souriante.  Elle s’approcha de Momo avec un sourire plein d’affection : «Momo ! Ben alors, qu’est-ce qui t’arrive ? » . Je n’en revenais pas :
« Vous vous connaissez ?
— (Sourire espiègle, battement de cils sur ses grands yeux) Oui, oui, c’est Momo ! ». Elle se mit à caresser doucement l’épaisse chevelure de son ami pourtant peu glamour dans cet état, puis se retournant, « Stef’ ! Stéphanie, viens voir ! ».

Vint cette fois celle qui aurait pu être la sœur cadette de Claudia Schiffer. Tout aussi belle et gracieuse que sa copine, et tout aussi attentionnée :
« Momo ! La pauvre, qu’est-ce qu’il a ? Est-ce que ça va aller ?
— Il a trop bu, mais ça devrait aller, oui. Ça aurait pu être pire, mais il faudra qu’il s’en rappelle les prochaines fois qu’il sortira.
— (Sourire de princesse) Merci beaucoup de vous être occupé de lui ! »

Naomi, à Momo : « Momo, on va rester avec toi, on va rentrer ensemble ! ».
Claudia – enfin Stéphanie : « Attends, j’appelle mes parents, ils vont venir nous chercher, on va dormir chez moi ! ».
Enfin, toutes deux, à moi : « Merci encore ! (Battement de cils, grands sourires, …) C’est vraiment gentil ! ».
Puis celui qui était resté avec nous : « … Bon, bah, heu… bonne soirée. A plus Momo !  » – apparemment, il ne connaissait ni Naomi ni Stéphanie.
Quant aux deux autres, ils n’étaient pas revenus – tant mieux.

Et voici Momo assis entre ces deux jeunes top modèles qui le maternent en attendant les parents de Stéphanie. Il était fatigué, mais sorti de sa torpeur. Souriant, un peu honteux, il était sincèrement reconnaissant je crois. Et lui qui avait bien failli mal terminer sa soirée, il semblait tout sauf à plaindre en cet instant.

Mais ce que j’ignore toujours, c’est ce qu’il aurait fallu faire. Les choses se sont bien passées, et tant mieux, mais c’est uniquement par chance. Alors si un médecin ou un secouriste lit cette page…


Mise à jour, le 24 novembre 2011:

Un grand merci à @Jaddo_fr et @Dr_Ventouse, toutes deux médecins, pour avoir bien voulu m’indiquer ce qu’il aurait fallu faire. Leur réponses concordent dans leur fond et peuvent se synthétiser comme suit :

– Si la personne récupère vite sa pleine conscience et n’est pas seule, comme ici, il n’y a rien de plus à faire.

– Si par contre elle demeure hors d’état, ou perd conscience, il faut la placer en PLS et appeler les secours (le 15 ou les pompiers). Qu’importe alors l’avis de l’intéressé, il appartient aux secours de gérer son éventuel refus de prise en charge.

– Et si le moindre doute se pose, il faut appeler les secours.

« Intouchables » vu par Libé : chronique d’une pensée binaire

15 novembre 2011 § 2 Commentaires

Visiblement, le film « Intouchables » a irrité Gérard Lefort, Didier Péron et Bruno Icher, de Libération.

Ne pas apprécier ce film, ne pas y être sensible, le trouver cliché ou que sais-je, c’est évidemment leur liberté. Mais les arguments sur lesquels la critique est fondée ne se limitent pas au film : ils tendent à contraindre les lecteurs à y adhérer à moins de reconnaître qu’ils sont de véritables moutons imbéciles.

Chronique d’une pensée binaire :

L’expression de «chantage au vécu» reprend plus que jamais de la vigueur.

Le premier argument avancé est qu’il est répété plusieurs fois dans ce film qu’il est basé sur une histoire vraie, et que ceci constitue un « flingue émotionnel sur la tempe ». Mais a contrario, pourquoi devrait-on nécessairement rejeter un film pour la simple raison qu’il est basé sur une histoire vraie et que ceci est son principal fondement ? Il s’agit là d’une particularité indépendante toute notion de qualité.

Le chantage au vécu, le chantage aux sentiments, on le trouve partout. En politique, en marketing, dans le quotidien… Les tentatives de manipulation avérées sont suffisamment nombreuses pour qu’il n’y ait pas besoin d’en inventer de nouvelles. Pourquoi toujours avoir besoin de se sentir manipulé ?

Le plaisir collectif pris à ce type de fiction, c’est sans doute que le conflit global entre mondes sociaux (le thème de la domination) est ramené à une série d’incompréhensions factuelles et faciles à surmonter.

Ce film est basé sur la réalité. Il est romancé, et le vrai Philippe Pozzo di Borgo a déclaré souhaiter que l’on s’y amuse. Toujours d’après  lui, il y a des différences entre la réalité et ce que ce film nous montre, mais l’esprit en est respecté. Parler de fiction, c’est donc excessif.

Si ce n’est pas une fiction et si le conflit social a effectivement été surmonté par nos protagonistes, pourquoi faudrait-il le cacher ? Est-ce parce que le plus souvent les clivages sociaux sont plus que difficiles à gérer, voir apparemment insurmontables, qu’il faudrait par pudeur s’abstenir de parler des trop rares cas où quelque chose de positif en est ressorti ? Au contraire, ce genre de contre-exemples donnent aussi de l’espoir lorsqu’ils sont issus du réel. On aurait tort de s’en priver. C’est même s’obliger à les taire qui relèverait de la manipulation, en laissant croire que les choses sont inéluctables.

Il suffit d’un contre-exemple pour, c’est selon, infirmer une théorie ou lui déterminer une limite de validité. Alors si la théorie de la « non-surmontabilité des clivages sociaux » se trouve limitée de la sorte, tant mieux, c’est une bonne nouvelle.

Evidemment, nous ne sommes pour autant pas dans le monde des Bisounours, qui est le premier mot de l’article de Libération : il n’est dit nulle part dans le film qu’une telle rencontre heureuse est chose courante et facile – et c’est ça qui serait insupportable. Il est simplement dit que cela existe. S’en rappeler fait du bien, et c’est déjà beaucoup.

Boursicoteur, escroc financier, marchand d’armes, héritier ?

Libé souligne que l’argent est omniprésent dans « Intouchables »  mais que pourtant l’on ne connaît rien des origines de la fortune de Philippe ni du salaire de Driss.

Ce qui m’échappe ici, c’est le problème que la non connaissance de ces aspects financiers est supposé poser. « L’argent invisible » est en effet présenté comme un argument à charge sans autre explication, comme s’il s’agissait d’une évidence. Si encore il était écrit que « cela laisse le spectateur frustré de ne pas savoir », ou quelque chose comme ça, soit, on partagerait cette vision ou pas, et on pourrait s’appuyer sur quelque chose. Mais l’article n’en dit rien et pose le prix supposé de la Maserati – qui dans l’histoire réelle était une Rolls – comme une conclusion auto-suffisante.

Et alors, donc ? Si l’on s’en tient au film, il semble que la question ne se pose simplement pas. Et si l’on est curieux, on apprend dans la presse que Philippe Pozzo di Borgo était chef d’entreprise – les champagnes Pommery, en l’occurrence – tandis que d’après l’ONISEP, le salaire d’un auxiliaire de vie c’est bien souvent le SMIC.

Le sexe, c’est gentil

C’est un peu la même chose en ce qui concerne la sexualité des personnages. La perception que les auteurs de l’article ont eue des personnages du film est décrite, et cette description est posée en argument évident. Sauf qu’il ne l’est pas. Ce que l’on peut se demander, c’est si les journalistes de Libé ne projettent pas sur le film le désaccord de conception de la sexualité qu’ils ont avec le personnage incarné par Omar Sy.

Doit-on attendre d’un film qu’il ne nous montre que des personnages dont on partage l’état d’esprit ? Et lorsqu’il s’agit de relater des faits réels, même romancés, faudrait-il revoir toute la psychologie des personnages de façon à les rendre aussi bien-pensants que soi ? Enfin, pourquoi critiquer une « comédie sociale bien-pensante » s’il s’agit cinq minutes plus tard d’en trouver les personnages trop immoraux ?

[…] chacun veut la loi pour les autres et la liberté pour soi.

Dans le registre de la morale toujours, l’article reproche au film la juxtaposition du côté moralisateur de Driss et de son côté voyou. Bref, la dualité du personnage. Celui-ci devrait être plus moral, ou bien garder pour lui ses considérations.

Mais le personnage réel, lui, connaissait visiblement cette dualité. Il aurait donc fallu la considérer honteuse au point de la gommer complètement, et façonner un personnage fictif, lisse ? Libération critique l’unanisme de ce film tout en demandant à le changer en fiction politiquement correcte. Le personnage montré dans le film étant plus doux que le personnage réel, je n’ose imaginer quelle aurait été la réaction des auteurs de l’article face à la réalité crue.

La culture, c’est pire

Ah, la culture. En fait, c’est la seule chose vraiment intouchable, or dans le film, on en rit. Aux éclats même. Alors forcément, c’est un mauvais film.

Mais encore heureux que l’on puisse en rire ! Et ça n’insulte personne. Je suis un mordu d’opéra et de musiques classiques (oui, au pluriel, car au singulier ce terme n’a aucun sens sauf à s’en tenir à la courte période concernée), et j’espère bien ne pas avoir à montrer de certificat de moralité la prochaine fois que je retournerai voir une représentation. Oui, j’ai ri en voyant « un arbre chanter » tel que perçu par le personnage, alors que j’y vois un acteur et un chant tous deux magnifiques. C’est donc un crime ?

Et c’est cette vision braquée de la culture qui la ridiculise, en la privant de sa richesse pour la réduire au rang d’obligation morale. « La musique classique ? Un ennui à périr », effectivement, si on l’impose et interdit toute forme d’humour à son sujet. Ici, l’humour consiste en la perception qu’en a ce gars qui ne l’a jamais approchée, et en la bouffée d’air frais que ce décalage apporte à celui dont il s’occupe. C’est criminel, c’est vrai.

La dictature de l’émotion comme cache-misère de l’absence totale de pensée.

Mais pourquoi « la dictature », enfin ? Ce film nous parle de l’improbable rencontre entre deux personnes, et le fait sur le ton de la comédie. On peut s’attendre, en entrant dans la salle, à ce qu’il soit question d’émotions, et entrer dans la salle est un choix tout à fait libre. Nulle dictature, donc. Qui plus est, nulle part dans son contenu ce film ne disqualifie celui qui ne se sentirait proche d’aucun de ses protagonistes ni sensible au ressenti qu’il tâche de restituer.

En fait de dictature, je trouve l’article de Libération beaucoup plus directif, car il fixe de façon péremptoire des limites à respecter concernant le vécu, la mentalité des personnages, leur éventuelle dualité, le traitement de la culture, l’émotion, la pensée ou encore la morale. Il le fait en laissant entendre au lecteur que s’il n’est pas d’accord, il ne peut-être qu’unanimiste, mouton, naïf, immoral, sous-culturé. Non content de cela il ajoute : « être ému, c’est être pitoyable, ricaner et pleurnicher en masse au spectacle payant de ses propres néants et damnations ». Disqualifier d’emblée tout avis contraire au sien, n’est-ce pas une forme de dictature de la pensée ?

Pascal Riché, dans les colonnes de Rue89, a émis l’idée suivante :

Cette France qui applaudit aux « Intouchables » est fatiguée. […] C’est une France à l’image de Philippe, le tétraplégique du film : immobile, impuissante, vieillissante. Et accrochée au rêve improbable qu’un jour, quelqu’un ou quelque chose viendra sans brutalité la réveiller.

Cela me semble très juste, et en ce cas, il serait bien dommage de la priver de cette bouffée d’air frais, de cette petite lueur qu’apporte ce film avec beaucoup de légèreté. D’autant qu’elle ne fait de mal à personne, et qu’elle rappelle à sa façon que non, tout n’est pas forcément pourri, et qu’il y a matière à relativiser. Un lieu commun ? Certes, mais on ne vit pas que dans des lieux individuels.

Mon seul regret est de n’avoir pu lire aucune interview d’Abdel Sellou, le vrai « Driss ». J’aurais aimé lire son point de vue, de la même façon que l’on peut lire celui du vrai Philippe. Mais « ce n’est pas son affaire« . Dommage, mais c’est comme ça.

Les éditeurs musicaux ont fait fermer paroles.net

10 novembre 2011 § Poster un commentaire

Cette fois, ils ont fait fermer Paroles.net.

La Chambre syndicale de l’édition musicale (CSDEM) a obtenu gain de cause, et le TGI de Paris a ordonné la fermeture de ce site de publication de paroles de chansons. Cette mise à disposition était gratuite, le site se rémunérant sur la publicité et les contenus externes liés.

Je ne suis pas juriste, et je suppose bien entendu que le droit régissant la propriété intellectuelle a été appliqué. Mais le problème n’est pas là : quelle idée pour l’industrie de s’en prendre aux sites de publication gratuite de paroles des chansons qu’elle édite !

L’argument des éditeurs est que ces textes sont protégés et qu’il n’est pas légal de les reproduire sans autorisation. Mais Paroles.net et consorts ne lèsent ni les auteurs ni les éditeurs. Au contraire, ils donnent au public les moyens de se remémorer les paroles des chansons qu’il aime. On s’est plus ou moins tous demandé un jour qui chantait cette chanson que l’on avait en tête à un moment précis, ou quel en était le troisième couplet. Personnellement, il m’est arrivé plus d’une fois d’acheter un album après avoir retrouvé  de cette façon un titre entendu à la radio, ou plus souvent encore dans un film, et je ne crois pas être un cas isolé.

Loin de léser les artistes, ces sites les servent en donnant aux chansons une plus grande visibilité, et parfois une plus longue durée de vie car l’on y retrouve aussi des titres ayant quitté les « charts » depuis un certain temps. Je me rappelle ainsi une soirée passée à redécouvrir des chansons d’un auteur que j’aime, et à en découvrir que je ne connaissais pas. Pour celles dont les textes me plaisaient, que suis-je allé faire ? Je suis allé les écouter en ligne, grâce à un autre service, tout à fait légal et rémunérant l’artiste.

Un autre argument de l’industrie, connexe au premier, est que les artistes et les éditeurs doivent être payés pour leur travail, et que le texte en fait partie. Evidemment qu’ils doivent être rétribués, mais publier des paroles de chansons ne donne pas accès à leurs enregistrements. Si le visiteur d’un site de paroles  se contente des textes, par curiosité, il n’était de toutes façons pas client. Et s’il ne s’en contente pas, c’est l’enregistrement qu’il recherchera, et le site ne le lui fournira pas. Alors, est-ce en limitant la visibilité de leur oeuvre offerte par les sites de paroles que les artistes et les éditeurs seront mieux payés ? Le doute est clairement permis. Si je m’en réfère à mon propre mode consommation, car comme je l’évoquais plus haut je ne crois pas être le seul à consommer de la sorte, il y a même plutôt de l’argent à perdre.

Du point de vue de l’amateur de musique, enfin, comment interpréter cette action en justice ? J’ai l’impression que l’on cherche à m’empêcher de retrouver gratuitement les morceaux que j’aime afin de pouvoir m’en vendre les paroles. C’est d’ailleurs ce que suggère l’encart désormais visible sur le site Paroles.net :

[Les éditeurs et la CSDEM] ont par ailleurs développé une offre légale attractive et abordable.

Mais vais-je acheter ces paroles, franchement ? Non. Je préfère attendre de tomber par hasard sur le morceau que j’ai en tête, ou demander à un ami, que d’aller payer pour simplement connaitre le nom du produit que je pourrais vouloir acheter. Et s’il s’agit de retrouver le troisième couplet de telle chanson que j’aime tant, je la réécouterai. Enfin, je la réécouterai peut-être, car il se pourrait que je l’aime moins, maintenant, et qu’elle ait perdu un peu du sens que je lui donnais.

Franchement, que penser d’une industrie qui vend de l’émotion mais qui se bat contre son propre public, ou d’un point de vue plus commercial contre sa propre clientèle ? Et tout ça alors qu’il n’y a rien à gagner à le faire.

Chère madame, je crois que vous vous tirez une balle dans le pied

4 novembre 2011 § Poster un commentaire

Je ne comprends pas.

Quel intérêt Nadine Morano trouve-t-elle à porter plainte contre ce journaliste de l’Est Républicain au motif que contrairement à ce qu’il avance, elle n’aurait pas refusé d’être contrôlée à l’aéroport de Rome mais simplement souhaité être contrôlée dans un salon privé ? Quel intérêt a-t-elle trouvé en 2009 à poursuivre une internaute ayant posté à son endroit le commentaire « Hou la menteuse » sous une vidéo de DailyMotion ? Ce ne sont que deux exemples – diffamation dans le premier cas, injures publiques dans l’autre – mais Rue89 nous en a révélé d’autres.

Quel intérêt également, ou plutôt quel sens donner à ce fameux « J’exerce mon droit à l’image. Plus jamais vous ne me prendrez en photo, c’est fini ! » lancé à un photographe lors d’une réunion UMP ?

Tous les personnages publics, et particulièrement politiques, sont sujets à controverses, à quolibets, à commentaires de toutes sortes. Exercer un droit de réponse aurait suffi, et dans le cas de l’article de l’Est Républicain, celui-ci aurait pu inclure un démenti. Quant aux photographies, il est simplement vain, pour ne pas dire aberrant,  de songer à les interdire lorsque l’on exerce de telles fonctions.

L’ironie est que ceci a pour conséquence de générer bien d’autres réactions et commentaires, basés cette fois sur les actions intentées. Mme Morano entretient la chose qu’elle essaie de combattre par le simple fait de vouloir la combattre activement.  Ajoutons à cela quelques sorties malheureuses – Renaud, ou encore « Internet, je déteste » – et c’en est fini : Nadine Morano est devenue  un mème dont le côté durable tient aux aspects négatifs prêtés à sa personnalité. Et c’est ainsi que naquit le Best Of de Moranofacts, par exemple.

Y a-t-il moyen pour Mme Morano de renverser la vapeur ? Sans doute. Avec le temps, va. Plus personne ne parle aujourd’hui de cet élève de grande école qui avait défrayé la chronique en 1999. Mais cela suppose de prendre leçon des conséquences de ses actes. De prendre sur soi et d’ignorer les commentaires négatifs que l’on peut lire à son endroit, ou encore d’y répondre avec humour si tant est que l’on en s’en sente l’aplomb.

Et peut-être aussi de prendre conscience de sa vulnérabilité face aux critiques. D’enfin l’admettre pour la gérer, plutôt que de s’illusionner à se croire fort en contrant frénétiquement toute contestation, de front, et sans percevoir le ridicule de la situation. Mais quant à ce dernier point j’ai dit  » peut-être », hein. Je ne l’affirme pas mais le perçois ainsi, inutile de porter plainte.

A suivre, en tous les cas, ce très intéressant cas d’école.