Momo

21 novembre 2011 § Poster un commentaire

Il y en a qui s’en sortent bien.

C’était un soir de fête de la musique. Ambiance festive, beaucoup de gens dans la rue, de la musique un peu partout, et des terrasses bien remplies. Il y a avait de tout : des familles, des couples, des bandes de copains, de groupes de jeunes assis en rond, chacun profitant de la soirée à sa façon. Bon esprit, et ceux que leurs excès avaient rendu pénibles étaient trop rares pour gâcher la fête.

Mais il y a toujours quelques incidents. Au détour d’une rue, trois jeunes étaient agenouillés près d’un quatrième allongé sur le sol. Ils lui parlaient, fort. Il leur répondait par une sorte de râle, et beaucoup moins fort. Il avait clairement trop bu, et bien qu’il soit conscient j’avais peur qu’il ne s’étouffe en vomissant. Ses amis ne semblaient pas très efficaces.

« Bonsoir. Je peux vous aider ? C’est tout ce que j’avais trouvé comme entrée en matière.
— Ouais, notre pote il va pas bien, là, il est bourré ! » Puis se tournant vers lui : « Mais t’inquiète pas Momo, tu vas pas mourir ! Mais t’as pris pour cher, mec !
— [Un râle, puis quelque mots incompréhensible]. » C’est que Momo, il avait de la répartie.

Momo était allongé un peu n’importe comment. Il était comme tordu, sa coupe Jackson Five lui servait d’oreiller alors qu’ il regardait vers le ciel. La bonne chose, c’était qu’il ne s’était pas vomi dessus. La mauvaise, c’était qu’il n’allait certainement pas tarder à le faire.  Quant à ses amis, ils le collaient de trop près, surtout deux d’entre eux. Ils n’aidaient pas beaucoup en fait. L’un d’eux semblait même plus inquiet des ennuis qu’il pourrait avoir que de l’état de son copain : « Dites, si les flics passent, on risque pas de se faire embarquer ? ». J’ai préféré ne m’intéresser qu’à Momo. Ce qui importait, c’était déterminer s’il avait besoin de secours.

« Momo, tu peux bouger ? Tu peux te mettre sur le côté ? ‘Faut pas que tu gardes la tête vers le haut comme ça.
— Beuuu…. C’était un beuuu affirmatif, car il s’était tourné en me répondant.
— C’est bien, mets-toi comme ça. Est-ce que t’as besoin de secours ? Je peux appeler si tu veux.
— (Pas très articulé) Nan, nan, ‘est bon, ‘va aller. »
Ses copains le collaient toujours beaucoup trop. « Les gars, il a besoin d’air. Est-ce que vous pouvez vous écarter un peu ? »
— Ouais ok, ont-ils répondu en s’écartant. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
— Rien, c’est bon, pour le moment ça va. Quoique si, en fait : lorsqu’il ira mieux, il crèvera de soif. Est-ce que vous pouvez aller lui trouver de l’eau, et du sucre aussi ? Il doit y avoir des épiceries ouvertes par là-bas. »

En réalité, je ne savais pas du tout si Momo allait avoir besoin d’eau ou de sucre, et je préférais même ne rien le voir ingérer dans cet état, mais au moins, ça permettait d’éloigner un moment celui qui s’inquiétait de finir au poste. Par chance, il sont partis à deux, ne laissant que leur ami le moins dérangeant car silencieux depuis le début.

« T’inquiète pas, ça va aller. » Je m’adressais en fait aux deux restants : à Momo afin de le forcer à prêter attention à quelque chose, pour qu’il ne perde connaissance, et à son ami car pour le coup, lui avait l’air vraiment inquiet. Et comme il faut parfois que les choses sortent, Momo se mit à émettre des sons gluants et semblant signifier une prochaine libération. Ce n’était pas le moment de lui faire la morale, mais plutôt de l’aider à se remettre d’aplomb.
«Allez vas-y Momo. Tu t’en fais pas, tu as la tête sur le côté, tu risques rien. Au pire tu vas te salir, mais c’est pas grave. Ça ira mieux et c’est tout ce qui compte. Et t’en fais pas parce qu’on est là. C’est pas grave, on va pas te charrier ». C’était un peu long, mais je ne savais pas trop comment l’encourager. Puis ça permettait de le rendre attentif quelques secondes de plus. Momo finit par se libérer, et ce fut moins terrible qu’attendu. Son copain resté avec nous me tendit un mouchoir que Momo saisit alors que je m’apprêtais à lui essuyer le visage. Il réussit à parler en s’essuyant, même si cela tenait plus du râle que d’autre chose :
« Merci mec ! Putain, la honte. ‘Chui désolé.
— C’est rien, ça va. Tu t’en souviendras la prochaine fois, et voilà ».

Nous sommes restés ainsi quelques minutes, peut-être une dizaine, durant lesquelles Momo dut réitérer plusieurs, fois, chaque nouvelle fois étant moins importante que la précédente. Au bout d’un moment, il avait repris quelques couleurs et arrivait même à sourire. Il pouvait s’asseoir mais n’était pas capable de se lever. Il avait l’air piteux, même s’il allait mieux. Il renouvela ses excuses et ses remerciements. Je commençais seulement à me dire qu’appeler les secours ne serait peut-être pas nécessaire – et tant mieux car ils devaient être débordés un soir comme celui-ci. Pour autant, il n’était pas possible de le laisser ainsi. Je finis par décider que s’il ne revenait pas complètement à lui dans le quart d’heure j’appellerai le 15.

Et c’est alors que de nulle part surgit celle qui aurait pu être la sœur cadette de Naomi Campbell. Une vraie princesse de contes de fées, superbe, élancée, mais aussi gracieuse, adorable et souriante.  Elle s’approcha de Momo avec un sourire plein d’affection : «Momo ! Ben alors, qu’est-ce qui t’arrive ? » . Je n’en revenais pas :
« Vous vous connaissez ?
— (Sourire espiègle, battement de cils sur ses grands yeux) Oui, oui, c’est Momo ! ». Elle se mit à caresser doucement l’épaisse chevelure de son ami pourtant peu glamour dans cet état, puis se retournant, « Stef’ ! Stéphanie, viens voir ! ».

Vint cette fois celle qui aurait pu être la sœur cadette de Claudia Schiffer. Tout aussi belle et gracieuse que sa copine, et tout aussi attentionnée :
« Momo ! La pauvre, qu’est-ce qu’il a ? Est-ce que ça va aller ?
— Il a trop bu, mais ça devrait aller, oui. Ça aurait pu être pire, mais il faudra qu’il s’en rappelle les prochaines fois qu’il sortira.
— (Sourire de princesse) Merci beaucoup de vous être occupé de lui ! »

Naomi, à Momo : « Momo, on va rester avec toi, on va rentrer ensemble ! ».
Claudia – enfin Stéphanie : « Attends, j’appelle mes parents, ils vont venir nous chercher, on va dormir chez moi ! ».
Enfin, toutes deux, à moi : « Merci encore ! (Battement de cils, grands sourires, …) C’est vraiment gentil ! ».
Puis celui qui était resté avec nous : « … Bon, bah, heu… bonne soirée. A plus Momo !  » – apparemment, il ne connaissait ni Naomi ni Stéphanie.
Quant aux deux autres, ils n’étaient pas revenus – tant mieux.

Et voici Momo assis entre ces deux jeunes top modèles qui le maternent en attendant les parents de Stéphanie. Il était fatigué, mais sorti de sa torpeur. Souriant, un peu honteux, il était sincèrement reconnaissant je crois. Et lui qui avait bien failli mal terminer sa soirée, il semblait tout sauf à plaindre en cet instant.

Mais ce que j’ignore toujours, c’est ce qu’il aurait fallu faire. Les choses se sont bien passées, et tant mieux, mais c’est uniquement par chance. Alors si un médecin ou un secouriste lit cette page…


Mise à jour, le 24 novembre 2011:

Un grand merci à @Jaddo_fr et @Dr_Ventouse, toutes deux médecins, pour avoir bien voulu m’indiquer ce qu’il aurait fallu faire. Leur réponses concordent dans leur fond et peuvent se synthétiser comme suit :

– Si la personne récupère vite sa pleine conscience et n’est pas seule, comme ici, il n’y a rien de plus à faire.

– Si par contre elle demeure hors d’état, ou perd conscience, il faut la placer en PLS et appeler les secours (le 15 ou les pompiers). Qu’importe alors l’avis de l’intéressé, il appartient aux secours de gérer son éventuel refus de prise en charge.

– Et si le moindre doute se pose, il faut appeler les secours.

« Intouchables » vu par Libé : chronique d’une pensée binaire

15 novembre 2011 § 2 Commentaires

Visiblement, le film « Intouchables » a irrité Gérard Lefort, Didier Péron et Bruno Icher, de Libération.

Ne pas apprécier ce film, ne pas y être sensible, le trouver cliché ou que sais-je, c’est évidemment leur liberté. Mais les arguments sur lesquels la critique est fondée ne se limitent pas au film : ils tendent à contraindre les lecteurs à y adhérer à moins de reconnaître qu’ils sont de véritables moutons imbéciles.

Chronique d’une pensée binaire :

L’expression de «chantage au vécu» reprend plus que jamais de la vigueur.

Le premier argument avancé est qu’il est répété plusieurs fois dans ce film qu’il est basé sur une histoire vraie, et que ceci constitue un « flingue émotionnel sur la tempe ». Mais a contrario, pourquoi devrait-on nécessairement rejeter un film pour la simple raison qu’il est basé sur une histoire vraie et que ceci est son principal fondement ? Il s’agit là d’une particularité indépendante toute notion de qualité.

Le chantage au vécu, le chantage aux sentiments, on le trouve partout. En politique, en marketing, dans le quotidien… Les tentatives de manipulation avérées sont suffisamment nombreuses pour qu’il n’y ait pas besoin d’en inventer de nouvelles. Pourquoi toujours avoir besoin de se sentir manipulé ?

Le plaisir collectif pris à ce type de fiction, c’est sans doute que le conflit global entre mondes sociaux (le thème de la domination) est ramené à une série d’incompréhensions factuelles et faciles à surmonter.

Ce film est basé sur la réalité. Il est romancé, et le vrai Philippe Pozzo di Borgo a déclaré souhaiter que l’on s’y amuse. Toujours d’après  lui, il y a des différences entre la réalité et ce que ce film nous montre, mais l’esprit en est respecté. Parler de fiction, c’est donc excessif.

Si ce n’est pas une fiction et si le conflit social a effectivement été surmonté par nos protagonistes, pourquoi faudrait-il le cacher ? Est-ce parce que le plus souvent les clivages sociaux sont plus que difficiles à gérer, voir apparemment insurmontables, qu’il faudrait par pudeur s’abstenir de parler des trop rares cas où quelque chose de positif en est ressorti ? Au contraire, ce genre de contre-exemples donnent aussi de l’espoir lorsqu’ils sont issus du réel. On aurait tort de s’en priver. C’est même s’obliger à les taire qui relèverait de la manipulation, en laissant croire que les choses sont inéluctables.

Il suffit d’un contre-exemple pour, c’est selon, infirmer une théorie ou lui déterminer une limite de validité. Alors si la théorie de la « non-surmontabilité des clivages sociaux » se trouve limitée de la sorte, tant mieux, c’est une bonne nouvelle.

Evidemment, nous ne sommes pour autant pas dans le monde des Bisounours, qui est le premier mot de l’article de Libération : il n’est dit nulle part dans le film qu’une telle rencontre heureuse est chose courante et facile – et c’est ça qui serait insupportable. Il est simplement dit que cela existe. S’en rappeler fait du bien, et c’est déjà beaucoup.

Boursicoteur, escroc financier, marchand d’armes, héritier ?

Libé souligne que l’argent est omniprésent dans « Intouchables »  mais que pourtant l’on ne connaît rien des origines de la fortune de Philippe ni du salaire de Driss.

Ce qui m’échappe ici, c’est le problème que la non connaissance de ces aspects financiers est supposé poser. « L’argent invisible » est en effet présenté comme un argument à charge sans autre explication, comme s’il s’agissait d’une évidence. Si encore il était écrit que « cela laisse le spectateur frustré de ne pas savoir », ou quelque chose comme ça, soit, on partagerait cette vision ou pas, et on pourrait s’appuyer sur quelque chose. Mais l’article n’en dit rien et pose le prix supposé de la Maserati – qui dans l’histoire réelle était une Rolls – comme une conclusion auto-suffisante.

Et alors, donc ? Si l’on s’en tient au film, il semble que la question ne se pose simplement pas. Et si l’on est curieux, on apprend dans la presse que Philippe Pozzo di Borgo était chef d’entreprise – les champagnes Pommery, en l’occurrence – tandis que d’après l’ONISEP, le salaire d’un auxiliaire de vie c’est bien souvent le SMIC.

Le sexe, c’est gentil

C’est un peu la même chose en ce qui concerne la sexualité des personnages. La perception que les auteurs de l’article ont eue des personnages du film est décrite, et cette description est posée en argument évident. Sauf qu’il ne l’est pas. Ce que l’on peut se demander, c’est si les journalistes de Libé ne projettent pas sur le film le désaccord de conception de la sexualité qu’ils ont avec le personnage incarné par Omar Sy.

Doit-on attendre d’un film qu’il ne nous montre que des personnages dont on partage l’état d’esprit ? Et lorsqu’il s’agit de relater des faits réels, même romancés, faudrait-il revoir toute la psychologie des personnages de façon à les rendre aussi bien-pensants que soi ? Enfin, pourquoi critiquer une « comédie sociale bien-pensante » s’il s’agit cinq minutes plus tard d’en trouver les personnages trop immoraux ?

[…] chacun veut la loi pour les autres et la liberté pour soi.

Dans le registre de la morale toujours, l’article reproche au film la juxtaposition du côté moralisateur de Driss et de son côté voyou. Bref, la dualité du personnage. Celui-ci devrait être plus moral, ou bien garder pour lui ses considérations.

Mais le personnage réel, lui, connaissait visiblement cette dualité. Il aurait donc fallu la considérer honteuse au point de la gommer complètement, et façonner un personnage fictif, lisse ? Libération critique l’unanisme de ce film tout en demandant à le changer en fiction politiquement correcte. Le personnage montré dans le film étant plus doux que le personnage réel, je n’ose imaginer quelle aurait été la réaction des auteurs de l’article face à la réalité crue.

La culture, c’est pire

Ah, la culture. En fait, c’est la seule chose vraiment intouchable, or dans le film, on en rit. Aux éclats même. Alors forcément, c’est un mauvais film.

Mais encore heureux que l’on puisse en rire ! Et ça n’insulte personne. Je suis un mordu d’opéra et de musiques classiques (oui, au pluriel, car au singulier ce terme n’a aucun sens sauf à s’en tenir à la courte période concernée), et j’espère bien ne pas avoir à montrer de certificat de moralité la prochaine fois que je retournerai voir une représentation. Oui, j’ai ri en voyant « un arbre chanter » tel que perçu par le personnage, alors que j’y vois un acteur et un chant tous deux magnifiques. C’est donc un crime ?

Et c’est cette vision braquée de la culture qui la ridiculise, en la privant de sa richesse pour la réduire au rang d’obligation morale. « La musique classique ? Un ennui à périr », effectivement, si on l’impose et interdit toute forme d’humour à son sujet. Ici, l’humour consiste en la perception qu’en a ce gars qui ne l’a jamais approchée, et en la bouffée d’air frais que ce décalage apporte à celui dont il s’occupe. C’est criminel, c’est vrai.

La dictature de l’émotion comme cache-misère de l’absence totale de pensée.

Mais pourquoi « la dictature », enfin ? Ce film nous parle de l’improbable rencontre entre deux personnes, et le fait sur le ton de la comédie. On peut s’attendre, en entrant dans la salle, à ce qu’il soit question d’émotions, et entrer dans la salle est un choix tout à fait libre. Nulle dictature, donc. Qui plus est, nulle part dans son contenu ce film ne disqualifie celui qui ne se sentirait proche d’aucun de ses protagonistes ni sensible au ressenti qu’il tâche de restituer.

En fait de dictature, je trouve l’article de Libération beaucoup plus directif, car il fixe de façon péremptoire des limites à respecter concernant le vécu, la mentalité des personnages, leur éventuelle dualité, le traitement de la culture, l’émotion, la pensée ou encore la morale. Il le fait en laissant entendre au lecteur que s’il n’est pas d’accord, il ne peut-être qu’unanimiste, mouton, naïf, immoral, sous-culturé. Non content de cela il ajoute : « être ému, c’est être pitoyable, ricaner et pleurnicher en masse au spectacle payant de ses propres néants et damnations ». Disqualifier d’emblée tout avis contraire au sien, n’est-ce pas une forme de dictature de la pensée ?

Pascal Riché, dans les colonnes de Rue89, a émis l’idée suivante :

Cette France qui applaudit aux « Intouchables » est fatiguée. […] C’est une France à l’image de Philippe, le tétraplégique du film : immobile, impuissante, vieillissante. Et accrochée au rêve improbable qu’un jour, quelqu’un ou quelque chose viendra sans brutalité la réveiller.

Cela me semble très juste, et en ce cas, il serait bien dommage de la priver de cette bouffée d’air frais, de cette petite lueur qu’apporte ce film avec beaucoup de légèreté. D’autant qu’elle ne fait de mal à personne, et qu’elle rappelle à sa façon que non, tout n’est pas forcément pourri, et qu’il y a matière à relativiser. Un lieu commun ? Certes, mais on ne vit pas que dans des lieux individuels.

Mon seul regret est de n’avoir pu lire aucune interview d’Abdel Sellou, le vrai « Driss ». J’aurais aimé lire son point de vue, de la même façon que l’on peut lire celui du vrai Philippe. Mais « ce n’est pas son affaire« . Dommage, mais c’est comme ça.

Les éditeurs musicaux ont fait fermer paroles.net

10 novembre 2011 § Poster un commentaire

Cette fois, ils ont fait fermer Paroles.net.

La Chambre syndicale de l’édition musicale (CSDEM) a obtenu gain de cause, et le TGI de Paris a ordonné la fermeture de ce site de publication de paroles de chansons. Cette mise à disposition était gratuite, le site se rémunérant sur la publicité et les contenus externes liés.

Je ne suis pas juriste, et je suppose bien entendu que le droit régissant la propriété intellectuelle a été appliqué. Mais le problème n’est pas là : quelle idée pour l’industrie de s’en prendre aux sites de publication gratuite de paroles des chansons qu’elle édite !

L’argument des éditeurs est que ces textes sont protégés et qu’il n’est pas légal de les reproduire sans autorisation. Mais Paroles.net et consorts ne lèsent ni les auteurs ni les éditeurs. Au contraire, ils donnent au public les moyens de se remémorer les paroles des chansons qu’il aime. On s’est plus ou moins tous demandé un jour qui chantait cette chanson que l’on avait en tête à un moment précis, ou quel en était le troisième couplet. Personnellement, il m’est arrivé plus d’une fois d’acheter un album après avoir retrouvé  de cette façon un titre entendu à la radio, ou plus souvent encore dans un film, et je ne crois pas être un cas isolé.

Loin de léser les artistes, ces sites les servent en donnant aux chansons une plus grande visibilité, et parfois une plus longue durée de vie car l’on y retrouve aussi des titres ayant quitté les « charts » depuis un certain temps. Je me rappelle ainsi une soirée passée à redécouvrir des chansons d’un auteur que j’aime, et à en découvrir que je ne connaissais pas. Pour celles dont les textes me plaisaient, que suis-je allé faire ? Je suis allé les écouter en ligne, grâce à un autre service, tout à fait légal et rémunérant l’artiste.

Un autre argument de l’industrie, connexe au premier, est que les artistes et les éditeurs doivent être payés pour leur travail, et que le texte en fait partie. Evidemment qu’ils doivent être rétribués, mais publier des paroles de chansons ne donne pas accès à leurs enregistrements. Si le visiteur d’un site de paroles  se contente des textes, par curiosité, il n’était de toutes façons pas client. Et s’il ne s’en contente pas, c’est l’enregistrement qu’il recherchera, et le site ne le lui fournira pas. Alors, est-ce en limitant la visibilité de leur oeuvre offerte par les sites de paroles que les artistes et les éditeurs seront mieux payés ? Le doute est clairement permis. Si je m’en réfère à mon propre mode consommation, car comme je l’évoquais plus haut je ne crois pas être le seul à consommer de la sorte, il y a même plutôt de l’argent à perdre.

Du point de vue de l’amateur de musique, enfin, comment interpréter cette action en justice ? J’ai l’impression que l’on cherche à m’empêcher de retrouver gratuitement les morceaux que j’aime afin de pouvoir m’en vendre les paroles. C’est d’ailleurs ce que suggère l’encart désormais visible sur le site Paroles.net :

[Les éditeurs et la CSDEM] ont par ailleurs développé une offre légale attractive et abordable.

Mais vais-je acheter ces paroles, franchement ? Non. Je préfère attendre de tomber par hasard sur le morceau que j’ai en tête, ou demander à un ami, que d’aller payer pour simplement connaitre le nom du produit que je pourrais vouloir acheter. Et s’il s’agit de retrouver le troisième couplet de telle chanson que j’aime tant, je la réécouterai. Enfin, je la réécouterai peut-être, car il se pourrait que je l’aime moins, maintenant, et qu’elle ait perdu un peu du sens que je lui donnais.

Franchement, que penser d’une industrie qui vend de l’émotion mais qui se bat contre son propre public, ou d’un point de vue plus commercial contre sa propre clientèle ? Et tout ça alors qu’il n’y a rien à gagner à le faire.

Chère madame, je crois que vous vous tirez une balle dans le pied

4 novembre 2011 § Poster un commentaire

Je ne comprends pas.

Quel intérêt Nadine Morano trouve-t-elle à porter plainte contre ce journaliste de l’Est Républicain au motif que contrairement à ce qu’il avance, elle n’aurait pas refusé d’être contrôlée à l’aéroport de Rome mais simplement souhaité être contrôlée dans un salon privé ? Quel intérêt a-t-elle trouvé en 2009 à poursuivre une internaute ayant posté à son endroit le commentaire « Hou la menteuse » sous une vidéo de DailyMotion ? Ce ne sont que deux exemples – diffamation dans le premier cas, injures publiques dans l’autre – mais Rue89 nous en a révélé d’autres.

Quel intérêt également, ou plutôt quel sens donner à ce fameux « J’exerce mon droit à l’image. Plus jamais vous ne me prendrez en photo, c’est fini ! » lancé à un photographe lors d’une réunion UMP ?

Tous les personnages publics, et particulièrement politiques, sont sujets à controverses, à quolibets, à commentaires de toutes sortes. Exercer un droit de réponse aurait suffi, et dans le cas de l’article de l’Est Républicain, celui-ci aurait pu inclure un démenti. Quant aux photographies, il est simplement vain, pour ne pas dire aberrant,  de songer à les interdire lorsque l’on exerce de telles fonctions.

L’ironie est que ceci a pour conséquence de générer bien d’autres réactions et commentaires, basés cette fois sur les actions intentées. Mme Morano entretient la chose qu’elle essaie de combattre par le simple fait de vouloir la combattre activement.  Ajoutons à cela quelques sorties malheureuses – Renaud, ou encore « Internet, je déteste » – et c’en est fini : Nadine Morano est devenue  un mème dont le côté durable tient aux aspects négatifs prêtés à sa personnalité. Et c’est ainsi que naquit le Best Of de Moranofacts, par exemple.

Y a-t-il moyen pour Mme Morano de renverser la vapeur ? Sans doute. Avec le temps, va. Plus personne ne parle aujourd’hui de cet élève de grande école qui avait défrayé la chronique en 1999. Mais cela suppose de prendre leçon des conséquences de ses actes. De prendre sur soi et d’ignorer les commentaires négatifs que l’on peut lire à son endroit, ou encore d’y répondre avec humour si tant est que l’on en s’en sente l’aplomb.

Et peut-être aussi de prendre conscience de sa vulnérabilité face aux critiques. D’enfin l’admettre pour la gérer, plutôt que de s’illusionner à se croire fort en contrant frénétiquement toute contestation, de front, et sans percevoir le ridicule de la situation. Mais quant à ce dernier point j’ai dit  » peut-être », hein. Je ne l’affirme pas mais le perçois ainsi, inutile de porter plainte.

A suivre, en tous les cas, ce très intéressant cas d’école.

Où suis-je ?

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